Les chaînes de télévision se suicident-elles par le web ?
Par Stéphane Gaultier le vendredi 26 juin 2009, 08:48 - Actus - Lien permanent
C'est un lieu commun d’affirmer qu’Internet concurrence la télévision. Les jeunes passent plus d’une heure en moyenne, devant leur écran, connectés sur le web. Or, dans le même temps, les instituts d’études sur l’audience audiovisuelle démontrent toujours, que le temps passé par nos chères têtes blondes, quotidiennement devant l’écran de télévision, reste invariablement fixé à 3 heures et des poussières. Comme les enfants restent astreints aux autres activités du quotidien que sont l’école, les activités périscolaires, les amis, manger et dormir, Internet a-t-il donné naissance à la 25ème heure ?
Car, depuis des années, il est de bon ton dans le domaine audiovisuel d’imaginer que lorsqu'il est devant le téléviseur, le téléspectateur est captif, sinon captivé, et ne s’adonne à d’autres activités que la consommation alimentaire ou le repassage ! Nous consommerions les médias de façon asynchrone, les uns indépendamment des autres. C’est ce qui justifie cette pensée commune de l’audiovisuel : si Internet me prend mon téléspectateur, c’est pour aller voir une autre image… mais sur Internet.
D’où le déferlement de « web TV », « catch up Tv » et autres systèmes de diffusion d’images à la demande. Cela amène les télévisions à créer une offre directement concurrente et dévalorisante de leur offre audiovisuelle. Un journaliste qui, à la suite d’un sujet présenté dans le journal de 20h, annonce « vous pouvez retrouver l’intégralité de ce reportage sur notre site Internet » ne dit rien d'autre que: « Sur Internet, vous en saurez plus et pourrez le voir quand vous voulez » au risque que les téléspectateurs pensent « alors, pourquoi regarder votre journal télévisé, puisque Internet nous en propose plus ».
A la fin d’un épisode ou d’une émission, annoncer que le téléspectateur peut retrouver ce programme à la demande sur le site de la chaîne, c’est là encore expliquer qu'Internet offre plus de liberté que la télévision. Tous ces messages ont pour but d'amener le public vers des services Internet qui eux ne renvoient pas l'Internaute vers la télévision. Et là se situe le problème. Proposer de consulter une offre de contenus étendue sur Internet, que ce soit du texte ou des images, affirme la supériorité d'Internet sur le transfert d'information au détriment de la diffusion audiovisuelle classique. Renvoyer ses téléspectateurs vers des sites de cette nature, c'est prendre le risque de les perdre sur "le petit écran", sans avoir la certitude de les retrouver sur le Net.
Car le plus étonnant est que cette offre de multidiffusion correspond peu à la réalité des usages et des attentes des internautes.
Premier constat surprenant, lorsqu’on demande aux jeunes générations ce qu’ils viennent chercher sur Internet, la vidéo vient bien après le jeu, les usages communautaires et la recherche d’informations scolaires !! Mail, dialogue par Chat, faire vivre sa communauté est, après la recherche d'informations pour ses devoirs et les jeux, le premier usage des jeunes internautes. Pour eux, Internet est avant tout un moyen d'être avec ses amis et de retrouver ses centres d'intérêt.
Deuxième constat, moins surprenant, mais que nous avons tout de même confirmé avec le cabinet ABC+ : il n’y a pas de 25ème heure Internet mais bien une consommation synchrone des médias. 80% des jeunes que nous avons interrogés peuvent regarder la télévision, sur un programme les concernant, tout en surfant sur Internet…sur des sites bien différents de celui de la chaîne qu’ils « regardent ». Là se situe le problème des chaînes de télévision. Elles arrivent difficilement à transformer leur audience audiovisuelle en audience Internet (moins de 15% des jeunes surfent sur les sites des chaînes). D’ailleurs lorsqu’ils veulent de la vidéo, c’est Youtube et Daily Motion qui obtiennent leur suffrage. Et lorsque vous interrogez votre entourage vous vous apercevrez que nous sommes de plus en plus nombreux à avoir un comportement multiécran. La généralisation des terminaux mobiles connectés à Internet de type iPhone va élargir ce phénomène à une cible plus large en commençant par les jeunes adultes. Je regarde la télévision en surfant sur mon mobile. Et si en plus, le fabricant de mobile introduit une technologie permettant de faire de son mobile la télécommande de la télévision, la boucle sera bouclée.
Or, les 3h24 de télévision quotidienne restent un atout indéniable pour les chaînes. L’enjeu pour elle est de proposer à leurs téléspectateurs des programmes qui combinent les atouts de la télévision et ceux d’Internet. Proposer une image en lecture passive sur l’écran de télévision, ayant toutes les vertus attractive d'une émission de télévision classique, associée à une image interactive sur l’écran d’ordinateur ou du mobile que le téléspectateur commande et qui lui propose les atouts de l'interactivité via Internet. Des programmes crossmédias TV et Internet en simultanée. Des programmes à imaginer mais pour des usages et des technologies qui sont déjà là.
Les jeunes générations sont demandeuses d’une telle offre, nous affirme l'étude menée par ABC+. Ils sont majoritairement disposés à accompagner leurs émissions de TV sur Internet, alors que le recours au SMS comme moyen d’interactivité avec un programme ne séduit que 6% d'entre eux. Les jeunes générations se posent en meilleur vecteur d'entrée dans l'ère du crossmédia pour les chaines télés. Ils n'envisagent pas le web comme un duplicata de l'antenne, rediffusant simplement le même programme. Ils veulent des programmes crossmédia TV-Internet dans lesquels :
- ils deviennent des personnages en 3D (à 65%)
- ils viennent sur le plateau TV (à 63%)
- ils inventent des histoires (à 62%)
- ils rentrent dans le dessin-animé (à 61%)
L'avenir de la télévision se trouve donc dans une antenne enrichie de l'interaction de ses téléspectateurs-acteurs-internautes. Une offre crossmédia où l’Internet enrichit autant le programme audiovisuel que l’inverse. Une combinaison entre les deux phénomènes des médias du 21è siècle, la téléréalité et la communauté Internet.
Un nouveau type de programmes qui nécessite une réflexion globalmédia, une nouvelle écriture et donc, des diffuseurs aptent à prendre ce risque. Qui sera le premier à franchir le pas ?
Etude ABC+ réalisée en Juillet 2008 pour le compte de 3D2+ SAS auprès d’un échantillon représentatif de 400 enfants âgés de 8 à 14 ans


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